PARCOURS ARTISTIQUE:

Après diverses expériences de pratique artistique, en céramique, sculpture, peinture, gravure, écriture, et de nombreuses expositions personnelles ou collectives, je me suis concentrée durant de longues années sur un projet associatif à Brest qui a abouti à la création d’un centre d’art. Le Cac Passerelle est née en 1988 de l'énergie de quelques passionnés d'art. Faisant partie des membres fondateurs, j’ai assuré la présidence de Passerelle et la coordination des évènements de 1995 à 2006, tant au niveau des expositions que des lectures, performances et concerts de musique expérimentale.

Suite à une résidence de 6 mois en Argentine, en 2007 j'ai déménagé à Rennes où j'ai vécu pendant 7 ans et où s'est développée l’association travesías créée à mon retour d'Argentine. L' objectif de cette association est de développer des échanges au niveau des arts visuels, de la poésie et de la critique d’art entre des régions périphériques à l’Europe. Dès novembre 2007, j’ai présenté deux évènements à Rennes : une exposition des archives de Tucumán Arde et des interventions dans l’espace public de deux artistes du collectif argentin Costuras Urbanas. En 2009, l’exposition Nosotros no sabiamos a rassemblé dans deux lieux à Rennes, la galerie du Cloître de l’école régionale des Beaux-arts et le Musée de la danse, des œuvres de LéonFerrari, artiste emblématique de la scène artistique argentine. (exposition au centre Pompidou en 2022) Plus d’info sur le site : www.travesias.fr

En dehors des lieux de monstration, la proposition curatoriale peut prendre place dans l’édition. Ainsi, le premier numéro de travesías/revue #1. Amamos Latino-América [1]invitait à suivre l’artiste français Benoît Laffiché pendant sa résidence à El Levante dans la ville de Rosario, Argentine. Entre mai et juin 2009, Laffiché participa au programme de résidence croisée entre l’Europe et l’Amérique latine organisée par l’association. Son idée était de donner une continuité au projet Sud Schengen en Afrique et De Port Blair à Port Blair en Inde. De cette façon, dans ce premier numéro, sont mises en évidence toutes les interconnexions de sa résidence argentine. À travers une série de photographies, son expérience territoriale, identitaire et historique se mélange à un travail de mémoire réalisé à partir de la recherche des archives et des images de Tucumán Arde[2].

En 2012, la seconde édition travesías/revue #2. Cabotage du Chili en Croatie est le deuxième numéro de la revue en coproduction entre l’association travesías et LENDROIT Éditions. Dans la continuité des centres d’intérêt de l’association, ce numéro parle de mouvement, de flux migratoires, d’art et d’espace public. Il souligne la manière dont les artistes chiliens se sont approprié ces thèmes dans divers contextes politiques, amenant le lecteur dans un périple entre la Croatie et le Chili depuis les années 1930 jusqu’à aujourd’hui. Une carte blanche est donnée aux chiliennes Paulina Varas et Isabel Ribes afin d’exprimer en texte et en image cet utopique voyage qui nous ramène aussi à l’origine de Travesias.

« De cette manière, travesías – dans son projet associatif et éditorial – apparaît comme une plateforme nécessaire dans le circuit culturel breton, rendant possible la production des liens et leur transfert dans des zones géographiques rarement exploitées artistiquement dans leur contexte. Le résultat concret visible dans chacune des éditions produites jusqu’à présent rend compte d’une cohérence entre les désirs premiers de l’association et leur actualisation dans chaque numéro. De même, dans ces pages transparaît une manière de faire où les relations personnelles directes, la création de liens intercontinentaux et le désir de surpasser les limites convenues sont fondamentales. »

extrait du texte de Carolina Pineda Catalán paru dans la revue América, Mémoires, identités, territoires en 2012

L'association a continué les résidences croisées d'artistes plasticiens et de poètes , entre la Bretagne, l'Argentine, la Croatie, le Chili, la `Colombie jusqu'en 2018.

Les actions artistiques ont donné lieux a de nombreuses éditions, depuis les poèmes dans la marmite, la langue du Breil, Promenons-nous dans les bois, invitations aux voyages, les arbres de vie ... et l'atlas des traversées, volume anthologique qui rend compte de toutes les expériences, rencontres intercontinentales de la trentaines de poètes et d' artistes qui ont participé aux résidences croisées.

Dès 2014, à partir de la création de la Casa de cartón [3]lors de la résidence du poète argentin Milton Lopez J'ai repris une pratique artistique de gravure au sein de l'association en réalisant les couvertures des livres de carton.

 

Sensible aux problèmes environnementaux, je porte un intérêt pour la nature, les arbres en particulier, j'ai poursuivi toutes ces années une recherche graphique personnelle :

« D’un répertoire d’arbres photographiés au cours de voyages dans différents pays, surgit ce travail de gravure qui oscille entre le plein et le vide au plus proche de la matière parfois jusqu’à l’abstraction. Le thème de l’arbre abordé comme la représentation de l’arbre de vie est récurrent dans mon travail depuis de nombreuses années. Le premier fut un poème animé, un arbre peint en rouge dans sa totalité et installé au début des années 90 au centre d’art Passerelle de Brest lors de l’exposition EN VUE. L’arbre est un symbole quasi universel, que l’on retrouve dans des cultures très différentes où il incarne la vie, la respiration… L’idée de fragmentations de l’arbre dans ces gravures est une recherche d’écriture de l’arbre. Est-ce un détail de branche, une racine ? On ne sait pas. La prédominance de la monochromie rouge vient de l’énergie de l’arbre qui est aussi la notre. Le rouge est la couleur de la vie. »

Par ailleurs, les livres des herbes los yuyos en espagnol argentin, (les mauvaises herbes) ont donné lieu a des éditions réalisées à 4 ou 6 mains avec deux autres artistes Fatima Rojas et Citlali.

J'ai commencé à réaliser des herbiers gravés dans les parcs de la métropole rennaise.

Je dois dire que mon engagement artistique fait bloc avec toute l'énergie que j'ai pu déployer dans les projets associatifs que ce soit à Passerelle ou à Travesias. Le fil conducteur de toutes mes activités reste la poésie. Elle me nourrit depuis toujours. Elle est ma respiration.

[1]Cf. travesías/revue #1. Amamos Latino-América, travesías et LENDROIT Éditions, juillet 2010.

[2]Tucuman Arde était une œuvre conçue et réalisée collectivement et de manière interdisciplinaire, présentée en novembre 1968 au siège de la « CGT Argentine » de Rosario et de Buenos Aires. Cette action est considérée comme une des expériences les plus significatives de l’avant-garde latino-américaine.

[3]La Casa de cartón a été créée pour le Printemps des poètes 2014 lors de la résidence du poète argentin Milton López, dans la tradition des livres fabriqués avec du carton récupéré, née en Argentine pendant la crise de 2001.