Un jour.
Je me souviens. Avoir fait, un bien étrange voyage.
Après avoir parcouru plusieurs régions d’Argentine,
vouloir prendre cette route mythique depuis Mendoza vers le Chili.

Apercevoir de près l’Aconcagua.
Traverser la frontière au début de l’hiver,
congères de neige, route dangereuse.

Rencontrer dans le bus deux colombiens, Pedro et Ignacio,

type mafieux au premier abord.
Après un partage de maté, nous sympathisons.

Traverser les Andes,
chaine de montagnes qui n’en finit pas de se dérouler.
Attente à la frontière dans le froid,
douaniers chiliens les plus zélés du monde.
Avoir très peur sur la route jusqu'à Santiago
se cramponner au siège à chaque virage,
précipices vertigineux.
Fourbue, courbaturée à la descente du bus.
Poursuivre la route vers le Nord avec Pedro et Ignacio,
De Santiago jusqu’à Antofagasta.
Apprendre à les connaitre
Leur histoire, leur origine .
Ils viennent d’Europe de l’Est.
Marcher ici au nord du Chili sur la route de Zagreb.
Les hommes , tous les hommes sont des continents à la dérive.

Petit trafic,
changer mes pesos au marché noir, bon gain plus qu’à la banque du coin,

mais désagréable surprise , disparition de ma carte bleue.

Se séparer de Pedro et Ignacio après Antofagasta, continuer seule.
Le désert, le désert attire.
Suivre un groupe de touristes.

Dormir dans un hôtel « el Limon verde “

Prendre un livre en français à la réception. Pas se souvenir du titre,
parler des disparus pendant la dictature, les escadrons de la mort.

Perdre le livre sur une aire d’autoroute, rêver éveillée.
Pas facile de lire dans le bus.
Se souvenir du poème de Juan Gelman
« Il faut enfoncer les mots dans la réalité jusqu’à les faire délirer comme elle » *

Le pouvoir des poètes : faire des images avec les mots.

Continuer la route.
Ramasser sur le bas-côté un caillou bleu, très beau.
L’enfouir dans la poche de mon sweat.
Rejoindre à pieds un village, une auberge,
dormir dans un dortoir avec des indiens.
La nuit une femme rêve à haute voix dans une langue inconnue

pas savoir si c’est du quechua ou de l’aymara.

Montrer la pierre bleue à la femme le lendemain matin.
Avec son doigt elle désigne le ciel bleu et ensuite la pierre.
Je sais ce qu’elle veut dire :
Les pierres sont bleues parce qu’elles gardent en mémoire,
le bleu du ciel qui se reflète dans l’eau avant qu’elles ne se pétrifient.

Aller vers la frontière bolivienne jusqu’aux grandes salines.

Vers le Nord, marcher encore et encore sur une route rouge bordée de cactus géants.
Trouver un autre caillou bleu

Camions bâchés, colonne de camions sur la route
par les interstices des remorques apercevoir des pierres toutes bleues,

une quantité impressionnante de pierres toutes bleues,

bien gardées,

des soldats en arme au volant et à l‘arrière de chaque camion.

Percevoir le danger dans ma peau,
passer inaperçue, peut être devenir invisible. Avoir peur.

Rêver de sentir la pluie,
ici il ne pleut jamais.
Vouloir tout d’un coup rentrer à la maison.

Garder toujours comme un trésor au fond de ma poche, les cailloux bleus.
Repasser toutes les frontières vite, très vite en avion.

Poser sur la commode de ma chambre les cailloux bleus. Regarder la mer, méditer.

Rêver au toit du monde sur les montagnes andines,
chaque goutte d’eau de tous les océans et de toutes les mers.

De toute les mers de la terre.
Devenir pierre pour toujours , plus besoin de bateaux.

Sur notre planète bleue voguer vers un ailleurs, une autre galaxie.

Chantal Bideau octobre 2016

*Silence Des Yeux, Juan Gelman préface: Julio Cortàzar,

trad.: Michèle Goldstein, Éditions du Cerf (Coll. Terres de feu), Paris, 1981 

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